Mes petites créations ...

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Accident grave de voyageur

  

Encore une demoiselle avec son mobile, les téléphones aujourd'hui c'est fou que ça n'est pas changé de nom, on photographie, on joue, on filme, on lit, on fait tout sur ces machines, on en oublierais presque qu'on peut téléphoner avec. Il n'y a qu'à voir dans ce métro, ça pianote de tous les cotés. La modernité, cette petite bulle égoïste dans laquelle chacun aime s'enfermer. Écouteurs sur les oreilles, pouces actifs sur les claviers, yeux rivés sur l'écran. Ah les écrans, on est matraqué, dans les boutiques, les bars et même les restaurants. Tout juste s'ils ne nous en mettent pas à la boulangerie, on ne peut plus attendre sans rien faire, tranquille, des images, un bruit constant, on se s'entend plus penser. Mais est-ce qu'on pense encore ? Il faut qu'on soit des atomisés, lobotomisés par la publicité, la mode, les informations, c'est tellement facile de manipuler des êtres qui pensent tous de la même façon. Des êtres humains, vite dit, des moutons oui, on vous dicte, quoi aimer, comment être heureux, où sortir, ce qu'il faut avoir vu, entendu, testé. Je fais le rabat joie, mais c'est vrai que je suis d'une autre époque, d'un autre pays, les choses vont si vite, j'ai du mal à suivre, et à comprendre pourquoi on se dépêche tant d'aller droit dans le mur. J'attendais, j'espérais autre chose pour mes enfants, en venant ici, j'ai poursuivi un rêve, je me suis dit, la France, c'est le pays des droits de l'homme, ils auront accès à l'éducation, à la culture occidentale, ils seront libre de choisir leurs vies, et voilà qu'ils ne sont plus libres de penser. On rêve, on rêve et puis un jour on regarde la réalité en face et on atterrit.

Soudain, un choc, une coupure de courant, la rame s'arrête. Les gens se regardent, marmonnent, regardent leurs montres, attendent. L'annonce se fait entendre, la voix du conducteur est tremblante : « accident grave de voyageur... je... nous... je vous prie de bien vouloir patienter. » Les gens s'affolent : «  on vient de le percuter... à l'approche de Noël ça n'arrête pas... il peut pas se suicider sans embêter les autres... le pauvre conducteur, il a dû avoir un de ces spectacles... » Chacun y va de son petit commentaire, moi je me tais, encore un, un de ces trop malheureux pour affronter la vie. Nous attendons l'arrivée de la police, des pompes funèbres, de la reprise du trafic. Une demie heure s'écoule. Certains s'agitent «  C'est nous qui allons crever à rester entassés ici, on pourrait quand même avoir plus d'informations. » D'autres téléphonent, fiers de leur scoop « J e suis dans le métro, oui je vais être en retard, il y en a un qui vient de se jeter, c'est dingue ! » La femme assise à mes côtés, a retiré ses écouteurs, lâché son téléphone, les larmes aux yeux, elle murmure, je ne suis pas sûr de bien entendre, je tends l'oreille, et pourtant, oui, elle prie. Elle prie pour lui, cet inconnu, pour sa paix, je trouve ça beau, je lui tend la main, elle ne comprends pas, je murmure alors moi aussi, une prière dans une autre langue, d'une autre religion, mais quelle importance, elle prend alors ma main, un passager nous voit en se joint à nous, ainsi l'écho de nos prière se propage, les voix se répondent les unes aux autres dans la même intention, chacun s'oublie enfin, et tous accompagne le défunt.

«  Nous allons pouvoir vous évacuer merci de suivre le chemin indiqué par les agents de la ratp, désolé pour la gêne occasionnée. » Nous sortons du métro, abasourdis, étonnés par ce moment de grâce que ne venons de vivre. C'est lorsque l'on ne croit plus en l'humanité qu'elle se rappelle à nous et que l'on retrouve confiance en ce que l'homme a de bon.

 

 

Atelier d'écriture proposé sur www.bricaboo.fr par Leiloona, photographie de Kot 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



08/11/2012
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