Mes petites créations ...

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Coup de pouce du destin

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«Oh, Évelyne, quelle prose comme vous avez su me toucher, vos mots ont la douceur du velours, la force du tigre, la finesse de la dentelle, je vous suis gré de cette correspondance qui illumine mes jours et mes nuits. Oui mes nuits, je l'avoue, je vous relis à toutes heures, et quel plaisir toujours renouvelé. Mes paroles s'envolent vers vous et avec elle, oh j'ose madame, je vous prie de toutes grâce d'accepter, cette humble invitation à nous rencontrer.

Je vous attendrai, le lundi 12 décembre à 15h au 34 rue Alphonse Daudet à la « Bouquinerie de St Etienne ».

Bien à vous, oh merveilleuse.

Votre Ernest dévoué. »

Après ces mois de billets échangés, je n'y tiens plus, mais ce rendez-vous, est-ce bien une idée judicieuse ? Après tout, comme dit le vieil adage, qui ne tente rien n'a rien, mais même à 60 ans, la peur de se faire éconduire est grande. Ernest soit un homme, envoie lui cette lettre ! J'ai écouté ma petite voix et me suis rendu au bureau de poste.

A vrai dire mon plan était clair depuis déjà quelques semaines, mais il fallait sauter le pas, c'est chose faite, viendra-t-elle ? Les dés sont jetés et le destin ne dépend plus de moi. J'y serai à la bouquinerie, comme chaque jour d'ailleurs puisque c'est mon gagne pain, cela bien sûr elle l'ignore, je pourrais en profiter pour la découvrir sans qu'elle sache que c'est moi, toute cette histoire est follement excitante.

Le jour venu, Ernest avait revêtu son plus beau costume 3 pièces, bleu marine à fines rayures, boutons de manchettes, montre à gousset et l'atout suprême, le nœud papillon. Ses cheveux étaient soigneusement peignés, sa peau rasée de près, légèrement parfumée, il était gai comme un pinson, et se sentait dix ans de moins. Évelyne est arrivée à l'heure, la boutique était déserte, il a tout de suite su que c'était elle, mais a fait mine de ne pas la remarquer, et lui a dit bonjour comme à n'importe quelle cliente. Pourtant son cœur battaient la chamade.

« Oh grand Dieu, c'est elle, elle est venue... plus belle que je n'aurais pu l'imaginer même dans mes rêves les plus fous, simple et coquette à la fois, il émane d'elle une telle douceur. Je le vois à sa tenue, je me suis trop apprêté de quoi je dois avoir l'air ainsi engoncé. Voilà que je sens des sueurs froides dans mon dos, il n'est pourtant pas question que je fasse marche arrière maintenant, mais que va-t-elle penser de moi ? Et si je ne lui plaisais pas. Reprends-toi, reprends-toi, une gomme à la violette, il n'y a que ça de vrai, ça va me détendre, sourions, non pas une grimace, un sourire, allez c'est parti, allons voir cette chère dame. Je vois qu'elle s'est déjà occupée, quelle lecture l'aura donc appelée? »

«  Bonjour Madame, si je peux vous être utile ?

- Merci monsieur, je ne fais que jeter un coup d’œil.

- Peut-être y aurait-il un sujet qui vous plaît plus particulièrement, si je peux vous aiguiller en quelques chemins qui soient.

- Auriez vous des manuels ésotériques ?

- Ésotériques ?! Euh, oui bien sûr, numérologie, chiromancie, astrologie, nous en avons quelques-uns.

- Je souhaiterai une sorte d'oracle, voyez vous j'ai une question d'ordre personnel et je me sens dans un grand doute, quand le présent est peu sûr, il est parfois réconfortant de s'en remettre au destin.

- Dans ce cas madame, vous avez trouvé votre homme, je pratique moi même le tarot de Marseille, si vous me le permettez je pourrais vous faire un tirage.

- Oh, non, je n'oserai vous déranger pendant votre travail et si des clients arrivaient.

- La boutique est souvent vide le lundi après midi, mais je ne veux être intrusif.

- C'est que j'ai, disons un rendez-vous et je ne voudrais pas le rater. Elle regarde sa montre.

- Oui je comprends, je vais vous montrer ce que j'ai en rayon. »

Il la laissa feuilleter, et s'en retourna à son bureau, il sentait qu'il s'était mis dans un fâcheux pétrin en ne lui révélant pas tout de suite qui il était, comment aller la voir et lui dire : au fait je n'y pensais plus mais je suis Ernest et nous avions rendez-vous ici même, figurez-vous qu'à force de détours pour vous adresser la parole, je suis en retard. Décidément ce n'était plus possible, il devrait trouver une excuse et reprendre leurs courriers sans plus d'espoirs de rencontre. Perdu dans ces pensés d'échec, il ne la vit même pas revenir vers lui.

«  Apparemment mon rendez-vous m'a fait faux bond, voyez vous sans vos cartes, j'ai ma réponse, merci monsieur, bonne journée

- Attendez, vous ne voulez quand même pas savoir, il a peut-être eu un empêchement.

- J'en doute, mais après tout pourquoi pas.

- Installez vous, je vous prie, voilà mes arcanes, battez les, imprégnez vous de votre question puis vous couperez le jeu et la formulerez à haute voix.

- Y-a-t-il un espoir d’idylle concrète avec Ernest ?

- Très bien, votre question est on ne peut plus claire, étalez les cartes et sortez moi en quatre. »

Il avait aussi peur qu'elle de la réponse, leur relation n'avait pas commencé et déjà elle se jouait sous ses yeux.

« « Le pendu », vous êtes en situation d'attente, voyons sa posture à lui, « le jugement », oh très bien signe de coup de foudre et de changement radical soudain,  les auspices , « le bateleur », vous avez tous les outils en main pour construire, et attention, on croise les doigts, la réponse «  Le soleil » ! » Il bondit de sa chaise et l'embrassa.

« C'est formidable Évelyne ! 

- Évelyne ? Mais comment savez vous... Oh mon dieu, Ernest !

- Oui, excusez moi, je n'ai pas su comment vous aborder, vous êtes si impressionnante, si belle.

Il lui prit les mains, elle était ébahie, ne sachant si elle devait s'offusquer ou se réjouir, qu'Ernest soit ce drôle de bouquiniste. Il avait les larmes aux yeux.

«Évelyne, vous me plaisez tant, vos lettres m'ont touché, votre visage est une révélation, laissons nous une chance, permettez moi de vous inviter à prendre un chocolat chaud, Évelyne je ne veux pas vous faire fuir, je …

- Ernest, c'est vrai que vous m'avez surprise, je ne m'attendais pas à vous découvrir de cette façon, néanmoins vous me plaisez aussi et j'ai envie de vous découvrir, j'accepte ce chocolat, j'accepte … faisons confiance aux cartes, un petit coup de pouce du destin ça ne se refuse pas. »

Ils sortirent de la boutique, il lui ouvrit la porte, lui tendit le bras qu'elle accepta, c'était si bon de marcher ensemble dans la même direction.

 

merci à Leiloona qui propose ses ateliers d'écriture sur http://www.bricabook.fr/ 

 

photo de Romaric Cazaux



16/11/2012
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