Mes petites créations ...

Mes petites créations ...

Il n'est jamais trop tard

 

La voilà qui arrive, comme tous les jours , à la même heure, elle vient traînant la patte, le dos courbée, la tête baissée sur la chaussée. Je sais ce qu'elle va faire, elle arrivera tant bien que mal concentrée sur son objectif, s'appuiera sur la rambarde, et là, lèvera la tête, et restera immobile quelques minutes devant la vitrine, avant de repartir dans l'autre sens. Cela fait 2 mois que ce petit manège dure, que mamie vient en pèlerinage devant cette robe, jusque là, je l'ai observée et je n'ai rien dit, mais aujourd'hui je n'y tiens plus, elle m intrigue, je voudrais savoir ce qui tourne dans sa petite tête pour la mener ici.

«  Eh mamie, elle te plaît, la robe ! Si tu veux je te fais rentrer, tu la verras de plus près. »

Elle ne ma lance pas même un regard, et reste sans bouger à observer la vitrine, puis s'en retourne comme à son habitude.

Je lance plus fort : «  Eh mamie, tu es dure de la feuille, elle te plaît la robe ? Pourquoi tu viens ici tous les jours ? » C 'est comme si je n'avais rien dit, elle ne m'écoute pas et part.

Je la laisse avancer, et décide de la suivre. Je n aime pas qu'on me résiste. J'avance lentement pour suivre son rythme sans me faire remarquer, elle tourne dans une petite ruelle miteuse, et entre dans un sous sol délabré, pauvre vieille habiter dans un taudis pareil, j'attends un peu, que faire...

Au bout de quelques minutes, j'entends de la musique et une voix qui s'élève, une voix mais pas n'importe laquelle, un enchantement dans cette misère. Ce sont les paroles de « Last dance » de la reine du disco . J'entre dans le couloir qui sent le moisi, la peinture des murs n'est plus qu'un souvenir lointain, j'arrive devant une petite porte en bois, y frappe. Rien, je frappe à nouveau. La musique s'arrête, la vieille dame m'ouvre.

« Qu'est ce que vous voulez ?

- Bonjour

- Laissez moi tranquille.

- Vous avez une belle voix.

- Hum...

- Je peux rentrer ?

- …

- S'il vous plaît.

- Au point où j'en suis.

- Pourquoi venez vous voir la robe tous les jours ?

- Vous êtes bien curieux, pourquoi vous le dirais-je ?

- Parce que j'aime les histoires, et je suis sûre que la votre mérite d'être partagée. »

Elle me sourit, s'installe sur son petit tabouret, s'adosse au mur, ferme les yeux.

«  Cette robe, n'est pas une simple robe, c'est celle qui appartenait à ma grand-mère le jour de son mariage. C'était une star, elle avait donc décidé de porter un robe pleine de paillettes pour l'occasion, peu conventionnel à l'époque. C'est le seul héritage précieux que j'ai reçu d'elle, et il y a quelques mois, ne pouvant pas passer l'hiver, j'ai du me résoudre à la laisser à votre patron. Mais ça m'a déchiré le cœur, ma mère est morte en couche, et ma grand-mère était tout pour moi. J'ai vécu toute ma vie dans ces souvenirs de gloire, dans ces images de paillettes, qui ont mis un peu de lumière dans ma misère. J'ai eu la grande vie quelques années avec elle, mais à sa mort j'ai sombré, voyez je n'ai rien, histoires de placements bancaires, de magouilles, du coup je vis comme une clocharde, quand ma grand-mère était the queen, Donna Summer. Elle était tout, je ne suis rien, une descendance pareille c'est pas un cadeau.

- Je suis désolé...vous avez une superbe voix

- A quoi bon, la vie est une chienne, et elle ne m'a pas gâtée, et la salope continue de me maintenir en vie, quand je voudrais ne plus être.

- C'est vous qui le décidais ainsi, moi je crois que vous pourriez être et apporter beaucoup si vous vouliez bien sortir de votre tanière.

- Pardon, je ne vous permets pas.

- Rendre hommage à votre grand-mère ce n'est pas aller regarder sa robe, c'est offrir ce qu'elle a offert, du bonheur de la joie à son entourage... en chantant.

- Regardez moi, vous rigolez.

- Il n'est jamais trop tard, rendez vous demain, à l'angle de La 5ème sur Parc Avenue. Je vous conseille d'y être ou je viens vous chercher par la peau des fesses. »

La petite vieille me regarda outrée, je pars, certain qu'elle serait là. En effet, le lendemain...

Elle arrive à petit pas nerveux à notre lieu de rendez vous, lève les yeux et étonnée devant la maison de retraite, me regarde d'un drôle d'air

« Aujourd'hui c'est vous la star, il y en a qui s'ennuie ferme là dedans si vous saviez, faites revivre votre grand-mère à travers vous, c'est la plus belle chose que vous pouvez faire. »

Et c'est ce qu'elle fit, ce jour là et tous les samedis suivants. Avec ses pourboires, elle pu même racheter la fameuse robe, mais surtout sa tête c'était redressée et y régner un sourire radieux. Elle n'avait pas pensé qu'en elle existait pareille richesse, et que c'est en l'offrant qu'elle prenait toute sa valeur.

 

merci à Leiloona qui propose ses ateliers d'écriture sur http://www.bricabook.fr/ 

 

photo de Romaric Cazaux

 


19/05/2013
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