Mes petites créations ...

Mes petites créations ...

Helline

nuages

 

« Viens Gaspard, on y va mon gros. » Il secoue la queue, s'assoit, se redresse, il a hâte de partir en promenade, il est tout fou, qu'est ce que je l'aime, si fidèle, si gentil, mon gros roudoudou... Il fait un froid de chien en cette saison, drôle d'expression, le mien je le garde bien au chaud sur son gros coussin près de la cheminée. Je m'équipe : j'enfile mon bonnet, mes gants, mes gros godillots, et ma doudoune, prête à affronter les éléments.

Dehors tout est si calme. La neige a déposé un silence sur la campagne saupoudrée de blanc, la nature semble endormie, la route, vierge de toutes traces humaines. Dans le ciel, le soleil du crépuscule perce à travers les nuages et diffuse une douce lumière argentée, les cheminées du hameau fument, j'imagine les villageois profitant de la chaleur du coin du feu, pour lire, écouter de la musique ou simplement discuter autour d'une tasse de chocolat fumante. Douce image de quiétude hivernale.

« Gaspard !» je siffle « Gaspard, revient ici ! », où est-il parti ce pépère ? « Gaspard au pied mon chien ! ». Oh moi qui n'avais pas envie d'une grosse balade, je ne vais pas lui courir après, on ne voit pas grand chose par là bas, il a dû poursuivi un chat ou une belette. Je siffle à nouveau. «  Gaspard ! » Toujours rien, ce n'est pas son genre de ne pas obéir. Je suis les traces de ses pattes dans la neige. Le froid me tire la peau du visage, la pénombre se répand sur le paysage, j'ai envie de rentrer, je ne vais quand même pas le laisser là, mais que fait-il ? « Gaspard, viens là ! Gaspard ! » Toujours rien, pas de Gaspard, aucun bruit, juste mes appels qui résonnent dans le vide, ce silence devient pesant, je n'aime pas ça. « Gaspard! » Ma voix déraille. Un peu plus loin sur la route j’aperçois une masse noire, non pas ça, pas mon chien... je cours aussi vite que la neige me le permet.... Je m'approche, je cœur palpitant, j'ai peur de ce que je vais découvrir... Ouf ! non, ce n'est qu'un pauvre renard sans vie. Tout ça me glace le sang, je vais rentrer, il est sans doute à m'attendre devant la maison. Je presse le pas, je me sens transpirante sous ces vêtements, je retire mon écharpe, ouvre ma doudoune, prends un peu d'air frais pour me calmer. Je suis de nature inquiète, je le sais, j'ai tendance à me faire vite des films pour rien, mais sur le coup je n'y peux rien, j'ai un mauvais pressentiment, ça ne lui ressemble tellement pas. Devant la maison, des traces de pas... elles viennent d'une autre direction mais aucune trace de Gapard... j'ouvre, je rentre, sur le carrelage une enveloppe. Qu'est ce que c'est que cette histoire ? Je l'ouvre, lis, quoi ? Je n'en reviens pas, je m'assois, relis.

« Votre chien contre la Jumeau. Déposez la demain 7 heures à la fontaine de Polignac, vous retrouverez votre chien en rentrant chez vous. Pas d'entourloupes, où vous aurez un bon pâté de tête à la place. »

La poupée... ma dernière acquisition aux puces, je sais bien que j'ai fait des jaloux ce jour là, ma petite Helline d'Emile Jumeau, une merveille avec sa tête en porcelaine, ses yeux bleus riboulants, ses cheveux naturels, et sa belles robe en soie. Une jeune fille vidée le grenier de sa grand-mère sans bien faire attention à la valeur de ce qu'elle vendait, pour elle, ce n'était qu'un tas de vieilleries, je me suis trouvée là au bon moment. Beaucoup de badauds , professionnels et passionnés, on voulut me la racheter, j'ai bien sûr refusé. Mais si je m'attendais à ça mon chien kidnappé... et en demande de rançon, ma poupée ! Tout ceci est insensé.

Je retourne chercher Helline, quelle délicatesse, quelle grâce, ces petites mains, sa bouche bien colorée avec deux petites quenottes, elle est si belle. Moi qui n'est pas pu avoir d'enfant, je me suis passionnée pour ces jouets merveilleux, certains me prennent pour une vielle folle, mais j'aime les coiffer, les habiller, leur parler, elles me font du bien. Je lui caresse les cheveux, je sens un sanglot dans ma gorge, toute cette histoire me remue.

« Alors Helline, tu es la source d'une drôle d'histoire ma belle, ça va me faire bien de la peine de me séparer de toi, mais je ne peux pas laisser Gaspard dans des mains malintentionnées, je suis sûr qu'ils s'occuperont bien de toi, tu sais » Je la serre fort contre moi. J’ausculte la poupée sous tous ses bords et côtés, peut-être cache-t-elle quelque chose, une valeur secrète, je déboîte ses articulations... non elle est vide, rien dans son corps... mystère.

Je décide d'aller me coucher et de la garder près de moi dans le lit, j'espère que Gaspard va bien, d'habitude c'est lui qui se couche à mes pieds, j'aime le contact de son corps lourd et chaud. Depuis la mort d'Hugues, je n'ai que lui. Je mets le réveil, je dois être tôt à la fontaine demain.

Je n'ai dormi que d'un œil, je me lève tendue, j'ai hâte de retrouver mon chien, je file à la fontaine la pauvre Helline sous le bras. J'ai envie d’attendre de me cacher, de voir qui est ce voleur, je n'en fais rien, qu'il me rende Gaspard. Je dépose la belle, et file. J'espère juste que le malfaiteur tiendra sa promesse que je retrouverai bien Gaspard, sans quoi j'aurai tout perdu.

J'arrive, le voilà, à gratter à la porte, il est bien là, mon gros, ah quel bonheur, je le caresse, le laisse me lécher le visage, l'enlace. «  Tu m'as fait peur, viens entre mon beau, je vais te préparer une bonne gamelle. » Sous la porte, à nouveau une enveloppe.

«  Merci madame, désolée pour cette méthode cavalière, mais cette poupée est aussi importe pour moi que votre chien pour vous.

Helline. »

Helline, le même nom que la poupée, une histoire de famille sans doute... ma famille à moi est là, j'ai mon Gaspard et c'est l'essentiel.

 

 

 

merci à Leiloona qui propose ses ateliers d'écriture sur http://www.bricabook.fr/ 

 

photo de Romaric Cazaux



16/03/2013
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